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Mon premier achat : tous les red flags que j'ai ignorés (et ce que ça m'a coûté)

260 000 €, moins de deux ans, 20 000 € perdus. Mon premier achat immobilier, les signaux d'alerte que j'ai ignorés et les leçons que j'en tire
premier achat immobilier
Mon premier achat immobilier et les erreurs associées

J'ai acheté une maison à 260 000 € qui cochait toutes les cases sur le papier. Moins de deux ans plus tard, je l'ai revendue à perte — 20 000 € d'apport envolés. Voici les signaux d'alerte que j'ai choisis d'ignorer, et pourquoi.

L'excitation qui rend aveugle

Mon envie d'être propriétaire était là depuis longtemps. J'ai d'abord dû construire ma carrière, évoluer, avoir des ressources suffisantes. Quand j'ai enfin pu me lancer, j'ai eu la chance de tomber sur une période où les prix étaient bas et sur une annonce qui semblait parfaite.

Une maison au prix d'un appartement. 100 m², trois chambres, cuisine semi-ouverte, un jardin, un quartier calme et surtout sans travaux. Sur le papier, c'était tout ce que je cherchais.

Primo accédants : Attention aux pièges

J'étais tellement emballée d'avoir trouvé un bien abordable avec une surface correcte que j'ai fait l'autruche sur tous les red flags. Tous.

Les Red Flags que j'ai ignorés

  • Une copropriété à deux — en cas de désaccord, aucune majorité possible.
Oui mais on a chacune notre partie distincte, c'est pas comme un immeuble, y'a pas vraiment de parties communes donc chacun fait ce qu'il veut chez soi non ?
  • Des garages en enfilade et un sous-sol communiquant — la voisine devait passer par chez moi pour accéder à sa partie.
Oui mais elle n'a pas le permis et son garage est encombré. Pas de voiture, pas de problème non ?
  • Rénovations récentes faite par des non professionnels — la maison avait été rafraîchie par les anciens propriétaires : peintures et sols refaits, fenêtres double vitrage, aménagements extérieurs, ... Attention aux malfaçons.
Oui mais c'est propre et joli, ça semble vraiment bien fait, ce sont de bons bricoleurs, il ne devrait pas y avoir de problème
  • Une voisine un peu oppressante — Les vendeurs m'ont dit que la voisine était une personne âgée très calme et discrète et qu'ils avaient de bonnes relations. Lors des visites, elle était pourtant toujours là, à observer.
Oui mais les personnes âgées sont toutes très curieuses à épier derrière leurs fenêtres. Ça ne fait pas d'elles des mauvaises personnes.

Les dégâts des eaux liés aux malfaçons

Les anciens propriétaires étaient des bricoleurs du dimanche. Je l'ai appris de la pire façon.

Attention aux bricoleurs du dimanche

La cuisine était équipée avec un frigo américain, sauf que l'arrivée d'eau avait été mal raccordée. Il y avait une fuite minime, silencieuse et invisible jusqu'au jour où le sol a commencé à gondoler. En descendant au garage, j'ai découvert que le plafond était complètement imbibé d'eau et que ça avait commencé à remonter dans tous les murs de l'étage. J'ai dû refaire tout le rez-de-chaussée.

Quelques mois plus tard, même scénario dans la salle de bain. Les anciens propriétaires l'avaient refaite à neuf et avaient réalisé une superbe niche pour poser les flacons de gel douche et shampoing, le rêve. Sauf qu'ils n'avaient absolument pas respecté les bonnes pratiques du métier. Résultat, au bout de quelques mois, le placo s'est arraché car de l'eau s'infiltrait à chaque douche. Le mur était en plus mitoyen avec celui de la voisine, donc ça a fini en deuxième dégât des eaux.

Et pour finir, les remontées d'eau dans la cave lors de fortes pluies. Des champignons, de la mousse sur les murs et une forte odeur de moisi ont envahi le sous sol. Dans notre région, on est quasiment partout en zone inondable. Je ne me suis donc pas plus inquiétée que ça pensant naïvement que la construction avait été bien pensée pour gérer les eaux de pluie – erreur.

J'ai pu faire les travaux nécessaires et remettre en état ce qu'il fallait grâce à mon assurance qui a couvert une bonne partie des dégâts mais je n'étais plus sereine.

Est ce que j'allais encore tomber sur d'autres malfaçons ? Non, le pire ne se cachait pas derrière les murs — il vivait de l'autre côté !

Tatie Danielle : le début du cauchemar

Si vous ne connaissez pas le film d'Étienne Chatiliez (1990), Tatie Danielle c'est une vieille dame acariâtre qui fait vivre un enfer absolu à son entourage : mesquineries, reproches permanents, mauvaise foi olympique. Ma voisine, c'était elle. En vrai. En pire, peut-être, parce que dans le film au moins vous pouvez éteindre la télé.

J'avais un garage mais je ne pouvais pas m'en servir
Ça a commencé par des petits mots sur la porte. "Votre poubelle sent mauvais, merci de la laver." Puis un message pour me dire que je ne pouvais pas mettre ma voiture dans le garage — parce qu'elle voulait pouvoir y mettre la sienne "en cas de besoin". Elle qui n'avait ni permis ni voiture. "Oui mais si j'ai des invités..." Alors qu'il y avait des places de stationnement partout dans la rue.

Je vivais en maison avec les contraintes d'un appartement
Ensuite, les panneaux de bois dans le jardin pour cacher le vis-à-vis de ma petite piscine hors sol. Les anciens propriétaires les avaient installés mais ce que je ne savais pas, c'est qu'il y avait déjà une procédure en cours contre eux à ce sujet. Ils me l'avaient caché. La voisine avait arrêté les poursuites sous leur pression pour les laisser vendre tranquillement. Une fois la vente faite, elle a ressorti tout un dossier qu'elle avait contre eux et a repris de plus belle. "Ça nuit à l'esthétisme de la copropriété."

Le primo accédant, la victime de choix
Apparemment, je n'étais pas la première victime. Les anciens propriétaires avaient vécu la même chose et ceux d'avant également. Quand on est primo accédant, il y a déjà tellement de choses à penser qu'on ne fait pas attention à tout, surtout quand on pense avoir trouvé un bien qui nous correspond. J'ai tenté de régler le conflit avec un médiateur, même lui a fini par laisser tomber.

piège primo accédants
Votre pire cauchemar

Chaque jour, j'avais peur de rentrer du travail et de trouver un mot sur la porte. Peur de sortir et de la croiser. Les mauvaises herbes pas arrachées, les fleurs pas coupées, l'allée pas dégagée — chaque détail devenait un reproche. Je le vivais comme du harcèlement.

Ça a été la goutte d'eau.

La vente à perte

J'ai mis la maison en vente. Beaucoup de visites mais pas d'offres car les gens étaient plus aguerris que moi et posaient de suite les bonnes questions. Contrairement aux vendeurs précédents, je n'ai pas voulu cacher les choses et j'ai toujours été honnête sur la situation avec la voisine. C'est ce qui a fait que ça a mis de longs mois avant de trouver des acheteurs.

Par chance, l'un d'entre eux est avocat. Je ne pouvais pas espérer mieux comme profil face à une voisine pareille. J'espère sincèrement qu'il a pu lui rendre la pareille et que ça a mis un terme à des années de harcèlement envers les occupants successifs.

Moins de deux ans de propriété, près de 20 000€ de pertes, et une leçon que je n'oublierai jamais.

Mes conseils si vous achetez pour la première fois

Avec le recul, tout était là. Voici ce que j'aurais aimé qu'on me dise avant de signer

Les vérifications à faire avant de signer
  • Lisez tous les documents du compromis. Le règlement de copropriété, les comptes rendus d'assemblée générale, les diagnostics, les annexes sur les risques géologiques — ce ne sont pas de la paperasse. Chaque page peut contenir un signal d'alerte.
  • Demandez les factures des travaux récents. Si les propriétaires ont tout refait eux-mêmes sans passer par des professionnels, posez-vous la question de la qualité. Propre et joli ne veut pas dire bien fait.
  • Faites venir un professionnel. Un œil de sachant sur les travaux récents, la plomberie, l'étanchéité — ça coûte quelques centaines d'euros et ça peut en économiser des milliers.
  • Ne croyez pas les vendeurs sur parole concernant le voisinage. Allez sonner chez les voisins, passez devant la maison à différents moments de la journée, posez des questions.
  • Comprenez ce qu'implique une copropriété. À deux, pas de majorité possible en cas de conflit. À plusieurs, il faut la validation de la majorité pour approuver des travaux ou simplement obtenir un accord si vous voulez mettre un climatiseur, une borne de recharge ou un parasol sur votre terrasse.
  • Attention aux droit de passage, garages en enfilade, sous-sol communiquant ou tout autre configuration atypique — ce ne sont pas des détails, ce sont des risques de conflits potentiels.
  • Vérifiez les risques naturels de votre zone. Zone inondable, remontées d'eau, terrain argileux — et surtout, demandez ce qui a été fait dans la construction pour s'en protéger.
  • Ne laissez pas l'excitation décider à votre place. Le bon prix, la bonne surface, le bon quartier — ça ne suffit pas. Le notaire m'avait prévenue. Je n'ai pas écouté.

Je sais qu'il est difficile de trouver le bien parfait et une fois trouvé de ne pas vouloir passer à côté. L'excitation du premier achat fait brûler des étapes qu'on ne devrait jamais sauter. J'espère que mon histoire pourra vous convaincre de ralentir, de vous poser et de tout vérifier avant de signer — même quand tout semble parfait – pour vous assurer un achat serein dans le temps.


Pour aller plus loin

Un guide complet sur les questions à se poser avant même de commencer à regarder des annonces ou ouvrir la porte d'une agence immobilière.

Premier achat immobilier : le guide des questions à se poser avant de chercher
Le guide des questions à se poser avant même de chercher un bien immobilier. Celles qui vous éviteront de faire le mauvais choix.

Le guide d'introspection complet pour définir son projet immobilier avant de regarder les annonces

FAQ

Quels sont les risques d'une copropriété à deux ?

En cas de désaccord, il n'y a aucune majorité possible. Si l'un vote pour et l'autre contre, personne ne peut trancher. C'est comme un couple — si le courant ne passe pas, la cohabitation devient un enfer.

Comment vérifier les travaux faits par les anciens propriétaires ?

Demandez les factures. Si les travaux ont été réalisés sans professionnels, faites venir un artisan qualifié pour inspecter la plomberie, l'étanchéité et la qualité des finitions. Un contrôle coûte quelques centaines d'euros — ne pas le faire peut en coûter des milliers.

Que vérifier dans les documents du compromis de vente ?

Le règlement de copropriété, les comptes rendus d'assemblée générale, les diagnostics techniques, les annexes sur les risques naturels (zone inondable, terrain argileux). Ce ne sont pas de la paperasse — chaque document peut révéler un problème que la visite ne montre pas.